Terriens
création
TERRIENS a germé d’une série de rencontres incongrues entre des agriculteurs et une chorégraphe.
Ils et elles ne se doutaient pas qu’ils auraient tant de délicatesses sensibles en partage : la taille fine du Savagnin, les trucs en plume des Gauloises blanches, le jarret charolais, le rythme de semis des petits pois, les coupés et dégagés de faucille… À priori éloignés, leurs domaines d’action et de compétence ouvrent des horizons communs : dans la danse comme dans l’agriculture, il s’agit d’être en relation avec le vivant, c’est-à-dire avec une multitude d’entités qui peuplent le monde avec nous.
Beaucoup d’autres terriens l’ont déjà noté avant nous : nous ne sommes pas seuls.
Ces terriens-là sont souples dans leurs bottes, d’authentiques experts de la sensation. Constamment attentifs à la variabilité du vivant, ils cultivent tout autant qu’ils improvisent leurs manières d’être vivants.
Ce spectacle est le fruit encore vert de leur mise en partage du sensible.
équipe
danses Léa Bosshard, cueilleuse et préparatrice d’extraits végétaux à Arbois ; Armelle Briançon, maraîchère à Lavans-les-Saint-Claude; Marie-Pierre Chevassu-Fassenet, vigneronne aux Granges Bernard, Ménétru-le-Vignoble; Dominique Gentas, éleveur de vaches allaitantes à la Grange Parrot, Blois-sur-Seille; Rachel Roussel-Voisard, éleveuse de volailles de Bresse à Chapelle-Voland
chorégraphie Céline Larrère
son Marc Namblard
musique Anthony Laguerre
lumières Clément Kaminski
décors Clément Vernerey
vidéo Diane Sorin
production et diffusion Anne Lemoine
partenaires
soutiens DRAC Bourgogne Franche-Comté dans le cadre du conventionnement de la compagnie, du Conseil régional de Bourgogne Franche-Comté et du département du Jura
coproductions La fraternelle – Maison du Peuple de Saint-Claude, Le Colombier des Arts, Les Scènes du Jura - Scène nationale
Crédits photos Vincent Bidault et Léna Trouvé
en détail
Par Céline Larrère
TERRIENS a pris son envol suite à une rencontre, plus précisément une série de rencontres : entre des humains, des animaux, des végétaux, des pratiques, des territoires et des paysages.
Entre 2019 et 2021, motivé par le désir d’échanger avec des agriculteurs autour de leurs expériences dynamiques et sensibles du vivant, le projet GRAINS m’a permis de réaliser une série de résidences dans des fermes pour établir des ponts et percevoir des résonances entre pratiques agricoles, chorégraphiques et filmiques. Ces temps de résidence d’une semaine dans chaque ferme ont abouti à une série de performances chorégraphiques in situ - à ce jour, 5 épisodes. Dans le sillage de ces rencontres, Diane Sorin a réalisé une série de films et de photographies, intitulée IVRAIES, qui a donné lieu et donnera lieu ces prochaines saisons à des expositions.
Les échanges et les liens qui se sont tissés durant ce projet ont été particulièrement délicats, humains et sensibles. Une confiance s’est établie entre les différents protagonistes, révélant des écologies du sensible, des manières d’être au monde particulièrement incarnées. Ces interactions privilégiées invitent à prolonger les pratiques de la relation que nous avons initiées au sein d’un nouveau travail chorégraphique. En tant que chorégraphe et danseuse, mais aussi en tant que spectatrice, j’ai développé un goût particulier pour les modes d’attention. Ce qui m’importe le plus lorsque je regarde quelqu’un danser, que ce soit sur scène, en studio ou in situ, c’est la qualité de son attention. Lorsque je vois ces personnes bouger, au travers leurs individualités je vois des histoires, des usages, des paysages, des entités, des passions, des combats. La générosité avec laquelle elles se prêtent au mouvement est une véritable fenêtre sur le monde qu’elles habitent et façonnent, et qui lui aussi les habite et les façonne. Je suis profondément touchée et impressionnée par l’être au monde de ces personnes, qui se singularisent par leur écoute des autres entités.
C’est à ces qualités de présence exceptionnelles que je souhaiterais rendre grâce en créant avec eux une pièce chorégraphique. C’est le geste complémentaire qui coule de source pour mener à bien le dialogue ouvert par GRAINS. La complicité qui s’est tissée entre nous a fait qu’ils ont répondu positivement et avec enthousiasme au projet TERRIENS.
En continuant à travailler sur un territoire et un rapport particulier au local, TERRIENS se fera avec les agriculteurs jurassiens qui nous ont accueillies pour GRAINS : Armelle Briançon, maraîchère à Lavans-les-Saint-Claude; Marie-Pierre Chevassu-Fassenet, vigneronne aux Granges Bernard, Ménétru-le-Vignoble; Dominique Gentas, éleveur de vaches allaitantes à la Grange Parrot, Blois-sur-Seille; Emmanuel Josserand, apiculteur à Saint-Lupicin; Rachel Roussel-Voisard, éleveuse de volailles de Bresse à Chapelle-Voland; Laurianne Schoff, hélicicultrice à Trémontagne.
Le travail chorégraphique que je souhaite développer en dialogue avec eux s’ancrera à la fois dans leurs pratiques et dans la mienne. Au fil des séances, nous construirons une partition à partir de laquelle ils pourront cultiver un rapport vivant à leurs paroles et leurs mouvements. Leur activité et leur expérience en font déjà des danseurs : mouvements, gestes, corps, effort, tonicité, modes d’attention, relation au temps et à l’espace, aux autres entités .... sont des paramètres avec lesquels ils composent quotidiennement dans leur travail.
En établissant des parallèles entre nos pratiques, nous mettrons à profit des axes de recherches fondamentaux afin de construire ensemble une partition : comment observer et composer un espace ? Que nous disent nos sensations de nos relations au vivant ? De quelle manière pouvons-nous modeler le temps ? Quel est le bon équilibre entre observer et produire, laisser faire et intervenir ?
Ce processus de recherche et de création fera l’objet d’un film documentaire expérimental réalisé par Diane Sorin, qui avait déjà accompagné GRAINS. L’intention est de produire une trace non discursive de ce qui se jouera dans cette aventure sensible.
TERRIENS est un projet hors-normes dans son cadre de diffusion, touchant des publics ruraux parfois éloignés de la culture tout comme des publics urbains souvent éloignés de l’agriculture. Dans son sillage, la diffusion du film couvrira un large spectre de lieux et de publics. Les projections seront assorties d’un temps de convivialité et d’échange.






